Star Wars épisode VII: décevant

***ATTENTION, SPOILERS***

Un déluge de commentaires enthousiastes a suivi la sortie du septième volet de la série Star Wars, ainsi qu’une volée de textes plus tièdes. J’ai évité de m’exposer au moindre spoiler avant d’aller voir le film, afin de préserver les surprises.

Et malgré tout, j’ai ressenti un certain ennui. Pour la première fois de ma vie, j’ai même attendu qu’un film de Star Wars finisse. On peut souligner, pour l’expliquer, l’action interminable et presque dénuée de tension dramatique (en fait quand il y a de la tension, le dénouement est totalement prévisible), les incohérences ridicules, l’incroyable paresse intellectuelle du scénario, la trame musicale fade, les auto-références discordantes, les personnages au développement invraisemblable, etc.

Je ne sais pas quoi exactement ajouter aux analyses complexes déjà parues au cours des deux dernières semaines. Beaucoup a déjà été dit. Et je suis assez d’accord (du moins en partie) avec beaucoup d’entre elles. Par exemple, Michael Hiltzik suggère que l’épisode VII est tout simplement un élément de marketing, une pub pour ce qui s’en vient. Son texte est par ailleurs très pessimiste sur la suite des choses:

« « The Force Awakens » will reinforce even more strongly a blockbuster, sequel-oriented style of moviemaking and marketing that has sapped Hollywood of its creative energies.»

Dans un contexte où des films comme Age of Ultron peut rendre des foules hystériques malgré un scénario imbuvable et tout sauf original, il est en effet facile de conclure que la médiocrité des produits culturels trouve son origine dans le cynisme du modèle d’affaires des studios d’Hollywood, qui se résume à appliquer partout l’esthétique cool, style Michael Bay. Les codes qui ont pollué par le passé, ou qui régissent toujours cette esthétique ont souvent été tournés en dérision – vous vous souviendrez peut-être de ce vidéo.

Un texte de Brian Merchant reprend également plusieurs analyses pertinentes. Comme plusieurs autres sont arrivé-e-s aux mêmes conclusions, je vois pas pourquoi je les reprendrais à mon tour. Donc voilà, j’en suis réduit à élucubrer sur ce qui vous paraîtra peut-être du gros n’importe quoi. Mais on va en profiter pour ratisser large (et ratisser longtemps).

La badassitude
Parlons un peu de ce code de la badassitude, qui permet à Han Solo de tirer sans regarder sur un stormtrooper, à Poe de détruire des dizaines de chasseurs Tie et à Rey de développer tous les superpouvoirs de la force en une heure et demie ou de vaincre un Sith accompli. Plusieurs essaient de déterminer ce qui cloche dans ce film, comparativement à la trilogie originale: je pense que c’est exactement ça: la badassitude instrumentale, un problème déjà assez présent dans les préquelles. Rappelons que Luke se sert réellement une fois de la Force dans Un Nouvel Espoir: après avoir été correctement aiguillé et entraîné par Obiwan, il parvient à lancer ses torpilles sans l’aide de son ordinateur de bord. Plusieurs années de pratique seront nécessaires à Luke avant qu’il ne développe un don de télékinésie (au début de l’Empire contre-attaque) et malgré son passage sur Dagobah où vit Yoda, il subira un échec cuisant face à Darth Vader sur Bespin. Et c’est seulement après ces divers échecs et cette longue formation qu’il développe enfin le talent, la badassitude suffisante, et surtout la sagesse pour surpasser Vader. C’est dans cette confrontation finale que la «magie» de Star Wars opère vraiment: car malgré qu’il a enfin la capacité de vaincre, Luke refuse de se battre et finit même par jeter son sabrolaser sur le sol! On compte sur la mise en scène du conflit intérieur pour créer une tension, et non pas sur la badassitude des scènes d’action – comme le seraient deux jedi qui se battent au milieu d’un lac de lave en multipliant les acrobaties.

Pour réussir à faire ressentir des émotions intenses et profondes, on peut faire évoluer les personnages, les pousser à prendre des décisions dramatiques, planter ici et là quelques détails de foreshadowing (l’identité Luke/Darth Vader en est un excellent exemple – quand il tranche la main de son père, le nouveau jedi se rend compte qu’il est tout comme lui, et le choc que ressent le/la spectateur/trice est également renforcé par la compréhension soudaine de « l’échec de la grotte », sur Dagobah)… Ailleurs dans le cinéma, les exemples semblables ne manquent pas. Citons seulement la fin de One Flew over the Cuckoo’s Nest, dans laquelle Chief s’enfuit de l’hôpital psychiatrique. Quand on a suivi le personnage du début à la fin, le déversement d’eau dans la salle de bains produit un effet bien plus impressionnant que l’explosion de Starkiller à la fin de Star Wars VII. Plus impressionnant aussi que la rencontre entre Rey et Luke, qui est en passant accompagnée de travellings aériens vraiment, mais vraiment convenus. Dans l’épisode VII, où il devrait y avoir une réelle quête, il n’y a en fait qu’un bête Droïde ex machina. Normal: les personnages sont badass, uniquement badass. On fait peut de cas de leurs motivations – même si elles existent.

Dans la fiction, on pourrait surnommer cette problématique répandue le syndrome Brienne de Tarth! Dans les romans de la série A Song of Ice and Fire, de G.R.R. Martin, Brienne est décrite comme un personnage rempli d’insécurités et déchiré par les différentes pressions qu’elle subit. Ce n’est que tardivement qu’elle utilise son épée pour tuer – sa première fois. Cela n’en fait pas une femme sans talent ni courage, bien au contraire. Or, dans la série télévisée, l’accent est entièrement mis sur ses prouesses guerrières: elle tue sans remords. En fait on l’aime parce qu’elle domine trois adversaires, trois violeurs, en quelques secondes. Parce qu’elle ridiculise Jaime Lannister et bat Sandor Clegane. Qu’elle mange des claques et se relève. Ce n’est pas mauvais en soi: j’adore les deux Brienne, l’être humain et l’être surhumain. Mais le fait est que pour certaines raisons, lors d’adaptations populaires, la valeur privilégiée est toujours celle de la badassitude. Ça provoque l’admiration plutôt que l’identification. Ça peut impressionner quand c’est bien fait. Dans Star Wars VII (et accessoirement comme dans les épisodes II et III), c’est gratuit, vain, présenté comme un mauvais numéro de cirque. Et ça m’emmerde.

Le scénario et l’hommage

Les incohérences scénaristiques  (ou plot holes) de l’épisode VII ont aussi été critiquées (avec un sérieux bémol toutefois) dans cet article. Notez aussi que celui-ci compte quelques erreurs factuelles, dont certaines sont corrigées dans la suite du billet. En tout, l’auteur relève une soixantaine d’éléments problématiques. Après un seul visionnement, j’ai en effet noté des maladresses grossières qui m’ont empêché de croire réellement à l’histoire. Un peu comme si, finalement, je regardais le spécial de Noël ou les films sur les Ewoks.

Oui, je sais très bien que Star Wars VII est un hommage à Star Wars IV-V-VI, que c’est sensé expliquer les ressemblances dans le scénario. Et c’est bien pour cela que c’est ridicule. La trilogie originale était elle-même un pastiche de tout et de n’importe quoi: films de Samouraï, westerns, Flash Gordon, etc. La musique est directement inspirée, voire glanée à d’autres compositeurs, dont Holt. Il m’arrive encore de tomber de temps en temps sur des morceaux classiques et romantiques (notamment des compositions de Tchaïkovsky) qui ressemblent à s’y méprendre à des passages de la bande sonore de Star Wars.

Cela dit, il existe une nette différence entre s’inspirer d’autre chose et être auto-référentiel, et surtout à ce point! Le concept de Starkiller – ce nom est lui-même une référence cachée – est tellement boiteux et sans originalité que les personnages du film eux-mêmes doivent expliquer la différence entre la bonne vieille Étoile de la Mort et la nouvelle base au cours du film. D’autres allusions sont plantées ici et là, comme le jeu de Dejarik dans le Faucon Millenium qui est activé par accident. Il y a aussi le moment où Han est soudainement impressionné par l’arbalète de Chewie, alors qu’ils voyagent ensemble depuis plus de quarante ans. Ces clins d’oeil sont totalement artificiels et semblent avoir été ajoutés au scénario à la dernière minute. Se mêle à tout ça une surenchère de moments «Je suis ton père». À ce sujet les rumeurs vont bon train, et nous ne sommes définitivement pas au bout de nos peines. Apprendrons-nous que Rey est la fille de Luke, et Snoke – quel nom ridicule – le père d’Anakin et mentor de Palpatine? Comme le disait F…: « du fan service », ni plus ni moins. J’ajouterais: de la nostalgie, du mauvais cinéma.

L’éveil de la Force et l’Univers étendu

On sait depuis le début de la production de l’Épisode VII que l’imaginaire très large et traduit par les bandes dessinées, jeux vidéos et surtout romans de Star Wars serait liquidé avec la sortie du nouveau film. Qu’il faudrait reconstruire l’Univers Étendu de Star Wars à partir de zéro. Au départ, j’étais relativement sous le choc: pourquoi nier la contribution de dizaines d’auteur-e-s qui ont participé autant à l’élaboration de toute cette mythologie? Puis je me suis rappelé tous ces produits dérivés consommés pendant mon adolescence: c’était moyen. Non seulement le Canon a intégré, à l’époque, des histoires saugrenues – tirées d’attractions à Disney World – comme la création d’une troisième Étoile de la Mort, mais l’Empereur a également fait un « retour », ainsi que les Sith (à plus d’une reprise) et un Hutt, Durga, a fait construire un énième superlaser à partir des plans de l’Étoile de la Mort, à peine sept ans plus tard. Mais l’étendue de cet univers et de ces récits montre aussi que J.J. Abrams et Disney n’avaient absolument pas besoin de procéder à un reboot total pour écrire un scénario semblable à celui de l’Épisode VII. En effet, dans « l’ancien » Canon, le fils de Leia et de Han, Jacen, a également été séduit par le côté obscur de la force. Lui aussi assassine un important personnage allié au clan Skywalker: Mara Jade, la femme de Luke. Il est finalement battu par… sa soeur, Jaina, qui semble avoir beaucoup en commun avec Rey (notamment les talents de pilote et l’amour de la mécanique). Ce récit se produit de manière surprenante grossièrement à la même époque que l’épisode VII, soit 41 ans après la destruction de la première Étoile de la Mort. Ces ressemblances troublantes créent actuellement une certaine confusion chez les fans.

Mais après tout, pourquoi conserver l’Univers Étendu quand on peut l’évacuer et ensuite le plagier?

Conclusion

Il n’y a évidemment pas que du négatif dans l’Épisode VII. J.J. Abrams, qui a ramené le sexisme et le racisme dans son reboot de Star Trek – et qui malgré tout a été largement félicité par une foule jubilante – a lâché du lest cette fois-ci en intégrant plusieurs personnages de femmes qui ne sont pas uniquement réduits à la condition d’objets. Avoir confié un premier rôle à un jeune homme noir est également rassurant. Certains plans, avec caméra à l’épaule, ajoutent aussi une touche de réalisme. Enfin, certaines scènes plus sombres nous ont rappelé que l’univers de Star Wars n’était pas celui d’un conte de fées.

Malgré tout, je considère que Star Wars VII est une oeuvre profondément paresseuse. Un-e zélote de 16 ans aurait pu imaginer une histoire plus intéressante. Je m’explique assez mal la réception largement positive des fans traditionnel-le-s de Star Wars: soit illes sont moins difficiles que je l’imaginais côté scénario, soit illes se sont laissé berner par des artifices.

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La prison

La prison c’est le gris sans nuances et acide qui effrite l’espoir.
C’est une immense main qui nous secoue sans cesse et qui serre.
C’est une barrière contre laquelle on nous broie.
C’est un oeil effroyable qui fait le tour de nos têtes.

La prison c’est une botte qui comprime nos rêves en cubes bien polis et qui les range sur des tablettes.

La prison c’est un prédateur qui nous enroule d’une langue sèche et venimeuse.
C’est de l’acier clair comme du mercure qu’on nous verse dans la bouche.
C’est l’alchimie qui tourne la chair en charbon.
C’est un dédale de givre qui nous fige l’estomac et finit par nous saisir en entier.

La prison c’est le dernier argument des procureurs fraîchement démoulés de leur moule.
C’est la pissotière des juges, des journaux jaunes et des riches.
C’est l’excision et la castration de tout ce qui orgasme à l’extérieur du rang.
La prison c’est le souffle chaud et putride tout droit sorti du trou-du-cul de l’État!

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La Pantasumance lors de l’Ère chronoscopique

Parmi les six règles de marché pantasumant, il n’existe que deux types de cérébries. L’élotomanie et la péritamélodie. Sans ces deux composantes, l’artingence ne peut, en aucun cas, parvenir à la clinicité, c’est-à-dire, par un procédé d’alchimie sociale, renverser le paradigme de « magisme » et les schémas secondaires qui caractérisent ce genre de phénomène. Du moins, c’était à peu près ce que Pierre Canary, le père de l’astrosociologie – et nous la comprenons comme la science sociale de l’abstraction érotomaniste et sublogique – prétendait.

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Les samares – poème violent

Elles survolent le plancher de tourbe
En constante rotation des heures durant
Gracieusement en trajectoires courbes
Elles s’élancent en zigzaguant
Et elles surveillent les pissenlits

Les samares ne tombent
Le vent les aère et les porte.
Qu’il passe en brise ou en trombe
Les samares flottent en cohortes
Et elles surveillent les pissenlits

Elles sont lâchées dans la cour
Alors que tourbillonnent les pales nervurées
Et que frétille le fruit emmuré.
Altières, elles voient tout autour;
Les samares surveillent les pissenlits

Ces germes de malheur puissent-ils
S’écraser un jour enfin fertile.
Explose! Explose! Bruyante semence!
Et que pousse l’érable immense!

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Les chevaliers d’Émeraude II: les dragons de l’empereur noir

Lire aussi la critique du premier tome des Chevaliers d’Émeraudes : le Feu dans le ciel.

Il y a maintenant presque dix ans, Anne Robillard a fait paraître son deuxième tome de sa grande série Les Chevaliers d’Émeraude.  Avec ce nouveau livre, elle a continué d’introduire les lecteurs et lectrices à l’univers d’Enkidiev.  C’est avec un immense retard sur la vague que cette critique est donc écrite. Le livre neuf était trop cher (entre 25 et 30$) et l’emprunter à la bibliothèque était hors de question, en raison des nombreux commentaires que nous tenions à écrire dans les marges. Nous avions donc deux choix: attendre que quelqu’un le refile à une librairie de livres usagés ou le voler.

L’introduction

Après l’habituelle carte géographique qui se peut pas et qui ressemble à rien, avec une toponymie absurde, et à droite d’une croix chrétienne aux motifs d’inspiration celtique, nous attend la longue liste des vingt-huit chevaliers d’Émeraude et de leurs écuyers.  Une liste inutile et à peu près impossible à démêler.  La première question qu’on peut alors se poser, c’est : mais pourquoi avoir donné un nom à tout le monde? Pourquoi nommer tant de personnages dont on ne parle pratiquement jamais? Il y a chez Anne Robillard un certain refus des termes génériques et de la découverte graduelle de son monde. Au lieu de donner la parole à un quelconque chevalier, elle la donne à Kagan, Murray ou Kerns, des chevaliers et écuyers sans saveur et dont on se fout totalement. Mais comme elle nomme systématiquement ces personnages sans aucune importance, une grande confusion se crée: on ne sait au final qui est l’écuyer de qui et il faut constamment revenir à la liste qui au final, ne nous apprend à peu près rien.

Les premières pages du livre comportent aussi un dessin du fabuleux grand chef Wellan, fait en trois temps et sans doute à plusieurs mains (une pour le visage, une pour le corps, et une dernière pour la croix aux motifs celtiques qui a été copiée-collée sur le poitrail du chevalier). On apprend du même coup que l’artiste en question ne sait absolument pas comment fonctionne une armure médiévale ou même une épée digne de ce nom.

Ça commence bien. Mais il ne faut pas vraiment s’étonner. Plusieurs illustrations de livres de fantasy ne sont pas moins incongrues.

Un deuxième roman : une deuxième farce.

Les premiers chapitres n’augurent pas mieux. Le style est évidemment moins médiocre que dans le premier tome (on suggère que cette fois-ci, une direction littéraire minimale a permis à Robillard de corriger quelques maladresses stylistiques) mais des erreurs semblables se produisent, dont la fameuse utilisation du terme « garnison » pour désigner une petite armée d’invasion (et donc une avant-garde?). Certains objets changent aussi de nature. Par exemple, elle utilise successivement « lance » et « javelot » comme des synonymes.  Or, ce n’est pas du tout la même chose, même si les deux armes peuvent avoir sensiblement le même usage[1].

Cette direction littéraire hypothétique n’empêche pas l’auteure de composer des phrases d’une laideur absolue et de multiplier les mêmes mots dix fois par paragraphe, de manière à rendre la lecture irritante et répétitive. Les chevaliers utilisent sans cesse leur magie pour faire des choses banales, allant même jusqu’à éteindre des chandelles par télékinésie. Pour expliquer ce phénomène, Anne Robillard utilise abusivement le terme « magiquement ». Tout se fait « magiquement », ne serait-ce que tirer les rideaux, tourner les pages d’un livre, observer quelqu’un. Les chevaliers utilisent aussi leurs pouvoirs de Jedi pour envoyer à leurs semblables des vagues d’apaisement (magiques), ce qui constitue une porte de sortie extrêmement facile aux situations conflictuelles en calmant d’office les protagonistes. L’auteure n’a dès lors plus besoin de trouver des solutions complexes aux accrochages entre personnages. Quand quelque chose se passe, elle les shoote aux calmants et ça règle l’intrigue.

C’est magiquement insupportable.

L’Empereur Noir au royaume des Calinours

Nous avons déjà parlé du vide sociétal dans lequel évoluent les chevaliers d’Émeraude. C’était un des sujets importants traités dans la critique du premier opus.  Dans le deuxième, ce vide se précise et on comprend l’origine du malaise : les royaumes alliés n’ont pas de défauts, peu s’en faut. On ne voit pas de miséreux – en fait on ne voit toujours presque personne – ni d’exclus, ni de malades. Tout le monde semble vivre heureux dans le meilleur des mondes. Si la plupart des royaumes semblent gouvernés par des mâles, femmes et hommes peuvent toutefois a priori exercer les mêmes fonctions. Le racisme est presque inexistant, comme les préjugés. La seule personne victime d’une certaine exclusion, c’est Kira, l’hybride issue du viol de Fan de Shola par l’Empereur Noir. Et c’est parce qu’elle le mérite.

En comparaison, l’Empire noir, le pays d’origine des affreux hommes-insectes, est obscur, laid et cruel. Anne Robillard ne se permet aucune nuance. C’est un sur-Gondor contre une caricature du Mordor où tout rime en «eth». Tout ce qui est insectoïde est noir, incluant les (mauvais) dragons et vit dans des grottes. Tout ce qui ne l’est pas est blanc et plein de lumière.

Les antagonistes ont assez peu de conflits intérieurs, malgré les chapitres qui leur sont consacrés. Ils sont mauvais et ont une motivation unique : conquérir l’univers. Les méchants sont en bref aussi unidimensionnels que les gentils.  Mais le bonheur écœurant de ces derniers nous donne toujours envie de prendre pour les premiers.

Quand le sorcier Asbeth, fils d’Amecareth, empereur d’Irianeth, arrive sur le continent des Chevaliers d’Émeraude, c’est le choc des civilisations. Asbeth parvient à tuer Cameron, l’écuyer (de quoi, huit ans?) que Wellan traîne partout dans les situations les plus dangereuses.

Des dragons? Où ça?

De fait, les dragons de l’Empereur noir ne sont pas les sujets principaux du livre. Les chevaliers s’en débarrassent bien plus facilement que du sorcier Asbeth. Plus de la moitié du roman est consacrée aux tentatives idiotes de celui-ci de gaspiller son talent en se jetant seul dans la mêlée, habituellement contre tous les chevaliers d’Émeraude en même temps, dans le seul but de retrouver Narvath, c’est-à-dire Kira. Au travers d’intrigues décidément ennuyantes, les diverses confrontations avec Asbeth sont parsemées de dialogues à la Transformers II: aussi, on ne compte plus les phrases-chocs comme « Je reviendrai! » quand Asbeth s’enfuit et « J’aurais dû m’en douter! » quand le sorcier révèle à Wellan sa présence en « émergeant dans une explosion de fumée bleue ».

Les dragons, eux, ne bénéficient pas d’autant d’attention dramatique. À leur maturité, ils sont pratiquement invulnérables, sauf aux flammes et à l’eau. Les chevaliers les terrassent parfois en les jetant dans la rivière à grands renforts de télékinésie: une mort globalement dénuée d’intérêt.

Des dragons qui ont peur du feu, j’admets, c’est original. Mais des dragons dont les oeufs se répandent à travers les rivières, et qui grandissent sur les rives à travers les hautes herbes et les marécages… On s’étonne qu’ils soient si faciles à noyer.

Conclusion

L’intrigue ridicule, l’incohérence profonde de l’univers d’Enkidiev, la fin en queue de poisson (Asbeth, qu’on croyait mort, retourne sur son continent afin d’ourdir de nouveaux complots machiavéliques ; suite dans le prochain épisode), l’absence d’amélioration significative vis-à-vis du premier tome des Chevaliers d’Émeraude et les longueurs nous ont convaincus de cesser immédiatement la lecture de la série.

Nous avons quand même eu quelques fous rires incontrôlables en tombant sur quelques perles toponymiques, telles que la rivière Wawki et Mardall. J’ai failli en mourir.

Anne Robillard termine sa longue liste de remerciements en souhaitant beaucoup de « bonheur et de courage à tous les Chevaliers de ce monde » et nous incite par ailleurs à ne pas « abandonner nos rêves ». Le nôtre est de voir ce livre absent de tout autre lieu que les pharmacies et les magasins à un dollar.

Parce que sérieusement. Ce livre est minable. Ne lisez pas ça.


[1] Je ne crois pas avoir besoin d’expliquer longuement la différence. Disons simplement qu’un javelot est court et qu’il sert à être lancé, alors que la lance est plus longue et sert généralement d’arme d’estoc (et donc à empaler quelqu’un à l’aide de coups violents), quoique l’usage de certaines lances puisse être mixte. La confusion entre les deux termes se trouve à la p. 125. Dans le contexte, il aurait été possible de varier le vocabulaire en employant d’autres termes voisins, comme sagaie, javeline, ou à la limite pilum.

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Subversions II: jusqu’au 15 novembre!

(Ceci est une copie du texte publié sur moutonmarron.blogspot.com.)

Le recueil de nouvelles Subversions, qui regroupe 16 textes de fiction écrits par 18 auteur-e-s, se diffuse lentement mais sûrement. Nous sommes maintenant présent-e-s dans plusieurs librairies de Montréal et de petites villes du Québec. D’autres livres ont été distribués un peu partout à travers le monde grâce à l’appui de notre réseau, et aussi grâce aux efforts d’AK-Press. Si tout se passe comme prévu, il sera en outre bientôt possible d’emprunter Subversions à la BanQ!

En raison du plaisir que nous avons eu à écrire et produire ce livre, le Bloc des Auteur-e-s Anarchistes a décidé de renouveler l’expérience. Voilà pourquoi nous invitons tous les auteur-e-s de fiction anarchiste à envoyer leurs nouvelles littéraires en nous contactant à cette adresse. Vous pouvez aussi trouver plus d’informations sur notre site web.

La nouvelle doit compter au maximum 2500 mots. Nous étudions toutes les candidatures en français, en anglais, en espagnol et en italien.

Le style est libre: essayez cependant de soumissionner des textes antiautoritaires, audacieux, subversifs ou engagés. Ils peuvent aussi être antimilitaristes, écologistes, féministes, ils peuvent traiter d’inégalités sociales, etc. Ils peuvent appartenir à plein de genres: science-fiction, fantasy, fantastique, psychologique, drame, policier, autofiction…

Vous n’avez par ailleurs pas besoin d’être anarchistes vous-mêmes pour proposer un texte; mais mettons que ça aide.

Nous avions fixé, comme je l’ai déjà mentionné, la date limite de réception des textes au 31 octobre, mais finalement, nous l’avons repoussée au 15 novembre. Il vous reste donc encore plus de dix jours pour nous envoyer quelque chose! Vous pouvez aussi vous greffer aux comités en nous écrivant.

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Borduas le dissident.

Voici une entrevue sur un livre traitant de la rupture entre Borduas et le vieux monde.

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