Subversions II: jusqu’au 15 novembre!
(Ceci est une copie du texte publié sur moutonmarron.blogspot.com.)
Le recueil de nouvelles Subversions, qui regroupe 16 textes de fiction écrits par 18 auteur-e-s, se diffuse lentement mais sûrement. Nous sommes maintenant présent-e-s dans plusieurs librairies de Montréal et de petites villes du Québec. D’autres livres ont été distribués un peu partout à travers le monde grâce à l’appui de notre réseau, et aussi grâce aux efforts d’AK-Press. Si tout se passe comme prévu, il sera en outre bientôt possible d’emprunter Subversions à la BanQ!
En raison du plaisir que nous avons eu à écrire et produire ce livre, le Bloc des Auteur-e-s Anarchistes a décidé de renouveler l’expérience. Voilà pourquoi nous invitons tous les auteur-e-s de fiction anarchiste à envoyer leurs nouvelles littéraires en nous contactant à cette adresse. Vous pouvez aussi trouver plus d’informations sur notre site web.
La nouvelle doit compter au maximum 2500 mots. Nous étudions toutes les candidatures en français, en anglais, en espagnol et en italien.
Le style est libre: essayez cependant de soumissionner des textes antiautoritaires, audacieux, subversifs ou engagés. Ils peuvent aussi être antimilitaristes, écologistes, féministes, ils peuvent traiter d’inégalités sociales, etc. Ils peuvent appartenir à plein de genres: science-fiction, fantasy, fantastique, psychologique, drame, policier, autofiction…
Vous n’avez par ailleurs pas besoin d’être anarchistes vous-mêmes pour proposer un texte; mais mettons que ça aide.
Nous avions fixé, comme je l’ai déjà mentionné, la date limite de réception des textes au 31 octobre, mais finalement, nous l’avons repoussée au 15 novembre. Il vous reste donc encore plus de dix jours pour nous envoyer quelque chose! Vous pouvez aussi vous greffer aux comités en nous écrivant.
Borduas le dissident.
Voici une entrevue sur un livre traitant de la rupture entre Borduas et le vieux monde.
Annonces générales.
1. Tout d’abord, je tiens à confirmer que ce blogue n’est pas abandonné. Il est seulement peu fréquenté. Vous (les deux lecteurs/lectrices) pouvez toujours lire d’autres textes de moi sur mon blogue politique, Les tribulations d’un Mouton Marron, qui est fichtrement mieux entretenu et visité (574 visites au cours des 10 derniers jours contre à peu près… euh… 5).
2. Non, je n’ai pas de compte Twitter.
3. Je veux aussi souligner que nous (ma blonde et moi) sommes en train de lire le deuxième tome des Chevaliers d’Émeraude. C’est donc clair que j’écrirai une critique pour me libérer de toutes les énergies négatives que cette lecture fait vibrer chez moi. À venir.
4. Le deuxième chapitre de Skirl l’ivrogne a été publié sur Fictionpress. Je dois avouer que ce nouveau projet commence à m’ennuyer: c’est loin d’être aussi amusant que Zohwor et c’est surtout plus difficile à écrire. De plus, en trois ans, je n’ai réussi à piéger qu’une seule personne avec ce canular aussi subtil qu’un Hummer stationné en double dans un one-way. Le reste des lecteurs/lectrices étaient des ami-e-s à moi. Je remets donc en question la poursuite de mon objectif initial, qui était de niaiser du monde.
5. Finalement, je suis à la recherche de bons blogues littéraires à ajouter dans ma blogoliste. Ça inclue les blogues de création. La plupart de ceux que j’ai là sont morts.
Un autre classique: Les enfants de la Terre (1).
C’est après avoir reçu la recommandation de plusieurs amies que j’ai commencé à lire Les enfants de la Terre, de Jean M. Auel. Le cycle raconte l’histoire de plusieurs personnages évoluant dans l’Europe préhistorique d’il y a trente mille ans. Le premier tome, Le Clan de l’Ours des Cavernes, met en scène une tribu d’hommes du Néandertal adoptant une jeune Sapiens blonde. Écrit dans les années quatre-vingts, le roman ne pouvait pas bénéficier des découvertes les plus récentes de la science. Donc, sur ce plan et malgré les efforts de l’auteure, eh bien ça craint. Par exemple, elle attribue aux Néandertaliens l’incapacité de parler avec des paroles, ce qui n’est plus défendu par beaucoup de gens aujourd’hui. Elle les considère comme profondément cons: le plus brillant d’entre eux, le mog-ur Creb (une sorte de chaman), a de la difficulté à compter au-delà de cinq. En compensation, elle leur attribue une mémoire collective qui se transmet de génération en génération et un pouvoir limité de télépathie. Cet avantage précieux a un inconvénient désastreux: il empêche le Clan d’évoluer et l’enferme dans un traditionalisme obstiné.
Ayla, la jeune humaine, ne partage pas ces mêmes incapacités, ce qui fait d’elle une sorte de petit génie. Elle est bonne dans tout. Elle tire mieux à la fronde à 11 ans que le vieux Zoug, qui pratique ce sport depuis des décennies. Elle fait de beaux paniers, elle sait nager, guérir toutes les maladies, sauve la vie à tout le monde au moins deux fois et survit à des épreuves impossibles après avoir accouché, perdu dix litres de sang en plein hiver et alors qu’elle a quoi, genre 15 ans? Pourtant, comme elle viole constamment les traditions idiotes du Clan, fortement marquées par le machisme, elle conserve un statut d’exclue et de marginale.
Cette manie d’accorder des dons presque surnaturels à des personnages est d’un romantisme crétin. La première fois que je suis entré en contact avec cette tendance ridicule, c’était en lisant Le Comte de Monte Cristo. Edmond Dantès, le célèbre comte, est ainsi pourvu d’une fortune immense et d’une intelligence peu commune. C’est aussi un tireur hors pair, un charmeur talentueux, il connaît un nombre excessif de langues, a pratiquement vu le monde entier et en plus, il a une excellente vision nocturne… Chez les personnages de Guillaume Vigneault, c’est encore pire: dans Carnets de naufrage, le héros épate tout le monde par ses talents divers qui s’adaptent à toutes les situations. Un match de football sur la plage. Il est le meilleur et pète la gueule d’une brute jalouse qui joue trop roffe. Au lit. Il est un dieu. Dans un party BBQ. Il aperçoit une guitare dans un coin du salon et chante une toune en italien, comme ça, spontanément. Encore plus gossant et omniprésent que Normand Brathwaite dans un show de la Saint-Jean.
Les personnages principaux de Auel sont de la même trempe. Et ÇA M’ÉNERVE! Ayla n’a pratiquement aucun défaut. Ses ennemis les ont tous. Et ça ne s’arrange pas dans le deuxième tome, La Vallée des Chevaux. Dès qu’elle est bannie de la tribu qui l’a accueillie – celle-ci est instantanément frappée d’un cataclysme, sans doute la vengeance des dieux – son mode de vie change totalement. Réfugiée dans une vallée fluviale, elle adopte un cheval, qu’elle apprend à monter (25 000 ans avant la domestication historique du cheval…) et apprend à utiliser une pléthore de nouvelles technologies qu’elle développe intuitivement après avoir passé tant de temps chez des gens primitifs qui auraient en quelque sorte empêché son génie de fleurir. La vie lui semble tout simplement plus facile depuis qu’elle est partie de chez ces retardés, même si elle est maintenant complètement isolée. Mais nous en parleront dans le deuxième billet sur le sujet.
Le premier tome est une histoire cyclique mettant en scène des personnages pas très intéressants ni profonds. Et il ne se passe pour ainsi dire rien, sauf des discussions aussi interminables qu’insipides entre membres du Clan. L’auteure tente au possible de décrire la vie quotidienne des humains de la Préhistoire, et c’est une intention louable, mais c’est totalement inefficace. Ses descriptions – ou celles de la traduction – ne permettent pas de bien visualiser les espaces. De plus, les moeurs des groupes culturels, décrites de long en large sont ou bien peu originales, ou bien invraisemblables. Mais surtout, elles n’amènent à peu près rien à l’intrigue (en fait il n’y a pas vraiment d’intrigue…), sauf le sens du sacré et du tabou chez les Néandertaliens, qui est le principal sujet traité. Mais encore là, comme la tribu ne rencontre au final aucun ennui de grande taille et que tout se passe toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes (le groupe trouve la meilleure grotte possible, la chasse est toujours miraculeuse, le clan d’Ayla gagne les olympiades néandertaliennes, etc.). Normal: le clan d’Ayla compte le plus sage chaman de la Terre, le chef le plus respecté, la meilleure guérisseuse, le plus rapide coureur et j’en passe.
Quand tout ce monde-là meurt, il est remplacé par des brutes et des gens serviles qui ne font que suivre les premiers. Des gens qui ne nous manqueront pas. Et comme par hasard, c’est à ce moment-là qu’Ayla est bannie du Clan.
On entendra donc plus jamais parler d’eux.
Oh, quelle surprise.
C’est dans ce contexte que le deuxième tome commence.
Des barreaux
Un poing dérisoire
Devant les boeufs
Appris par coeur.
Pour obtenir une bonne odeur dans la maison . . . . . On peut mettre un peu de . . . . . cannelle moulue . . . . . . dans une petite casserole d'eau . . . . . et faire chauffer sur la cuisinière.
Souvenir.
Un misérable a un jour écrit un poème qui passa à l’histoire et devint le symbole de la fierté patriotique des militaristes occidentaux. En voici la traduction française.
“Au Champ d’honneur
Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.
Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au champ d’honneur.
À vous jeunes désabusés
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.”
Voilà ce que j’y réponds:
Les baïonnettes
Au champ d’honneur, les pointes des baïonnettes
furent abandonnées ou plantées net
Dans le cul des généraux.
Les moineaux plus guères déconcertés
Gazouillent, sortent du milieu des roseaux
Parcourant la plaine désormais désertée.
Nous sommes vivants!
Nous qui songions il y a un an
À s’éclater mutuellement la gueule
Pour quelques tyrans, pour leur gloire seule.
C’est pourtant nous qui nous reposons ensemble ici
Sans plus de haine et de souci
À l’ombre paisible d’une retraite
Quasiment nus et la barbe pas faite.
À vous, jeunes insoumis
À vous de fraterniser avec l’ennemi
Et de garder au fond de la raison
Un dégoût profond des trop belles oraisons
Faites pour enrôler les classes indigentes
Ou leur accrocher au buste une fleur flambante.
Acceptez le défi, sinon
Les baïonnettes se redresseront
Et s’effondrera dans les coquelicots
L’espoir aux yeux bouffés par les corbeaux.
Sans titre
Quelques canailles bien-pensantes
Ont appelé le vendeur d’ententes
Après que les crécelles du vent
Aient détruit leurs granges à argent
Et piétiné leur papier-riz
Derrière leurs serrures luisantes
En fêtant sur les corps pourris
De cent élections indolentes
Et voilà les guêpes groupées
Autour de la foule festive
Elles se tiennent serrées, dard pointé
Leur livrant bataille agressive
Et malgré d’efforts abîmés
En triomphe l’armée d’insectes
Ramène les corbeaux démembrés
Et autres amants d’actions directes
Les tyrans tirent sur les fuyards
La ville s’embrume de brouillard
Et on fait défiler les proies
Devenu bétail mort d’effroi
Mais soudain les hyménoptères
Figèrent sous un cri de colère
Nous sortirons des boules à mite
De quoi faire bouillir l’eau bénite
Oui, un jour nous nous vengerons
Coassaient en choeur les corneilles
Et quand le soir sera vermeille
Nous ferons danser les prisons.
La STM
Avant je cascadais dans les rigoles
Déboulais l’écorce des arbres et des branchages
Coulais avec le flot des lagunes tièdes
Dans le sable meuble et les hautes herbes
Maintenant bétonné je vis sous terre
Les racines par-dessus tête et tête en bas
Cocon-cercueil entre des gratte-ciels ombrageux comme des tombes
Où le monde vit vite, en hécatombes
La saveur du pollen a cédé l’air
À l’odeur de l’asphalte mouillé
L’alignement oscillant des épinettes a cédé
Devant la fête immobile et chromée des voitures sans visage
Et les nuages se forment au cœur des usines
Aussi jaunâtres qu’au-dessus des avenues
Puis alors que je me dis, les poumons en feu
Que la nature est morte dans l’Île des Désertés
Mon écharpe se soulève : le vent
Les pas claquent dans les tunnels : la pluie sur les arbres
Les wagons bleus se succèdent : le flot
Les gens dévalent des trains : l’Inondation.
Amos Daragon – Le porteur de masques
Après avoir passé au peigne fin le premier tome des Chevaliers d’Émeraude, la lecture d’Amos Daragon, l’autre grand phénomène de la fantasy québécoise, s’imposait. C’est sur des attentes très basses que ma compagne de lecture et moi avons débuté notre activité. Le seul commentaire que nous en avions reçu était “Vous allez voir, c’est encore pire qu’Anne Robillard”. Nous ne savions pas comment c’était possible: en effet, il y avait dans les Chevaliers d’Émeraude un élément grotesque et/ou incohérent à chaque page. Bryan Perro aurait-il vraiment été en mesure de faire moins bien qu’elle?
Nous avons eu notre réponse dès le premier chapitre: et ce fut un NON catégorique. Entre le premier livre de Robillard et celui-ci, le contraste est immense. Non seulement le scénario n’est pas incroyablement ennuyant, poche et sans intelligence, mais les personnages qui évoluent eux-mêmes à l’intérieur de ce scénario manquent beaucoup moins de punch. Amos Daragon, sans cependant sortir de son rôle d’enfant modèle débordant de vertu écoeurante, ressent des émotions qui semblent réelles. Quant aux autres, ils sont de qualité variable: Béorf, l’ami métamorphe d’Amos, a beaucoup de profondeur mais la gorgone gentille, Médousa, sacrifie sa vie avec le détachement artificiel d’un personnage accessoire de film américain. Son destin est tellement prévisible et quétaine, bref, que je ne l’ai pas vu venir.
Si d’une manière générale, les personnages ont une âme, une manière de parler qui leur est propre et des défauts charmants, d’autres personnages semblent manquer de réalisme. On comprend que leur présence sert uniquement le récit: ils n’ont visiblement pas d’indépendance ni d’intériorité. En ce qui me concerne, je préfère les histoires dans lesquelles le caractère des personnages est le principal moteur de l’action. Or le roi Édonf, un impossible crétin qui a pourtant réussi à conserver les parents d’Amos dans la servilité la plus absolue par un accord abusivement favorable au suzerain, est l’antithèse de cet idéal narratif. Comme c’est le principal méchant des premiers chapitres, l’action en souffre beaucoup: rapidement devenue grave après l’exil d’Amos et de sa famille, elle a la valeur, au départ, de celle d’un conte pour des enfants de 5 ans écrit au XVIIe siècle.
Parlons justement de ces méchants: ils ne sont pas inintéressants, mais tout de même unidimensionnels. Leur seul but, en définitive, est de faire le mal et de conquérir le monde. Leur expérience ne les empêche pas non plus d’être déjoués facilement par les ruses d’Amos. Autre détail manquant d’originalité: le Dieu du mal de l’histoire, Seth[1], s’intéresse à tous les ennemis dont l’orgueil a été écorché par le jeune adolescent. Nous sommes alors témoins d’une scène convenue durant laquelle le méchant scelle un pacte coûteux avec un avatar du mal absolu en jurant de se venger dans le prochain épisode.
Je pense donc que l’auteur rate plusieurs occasions de créer des opposants représentant un défi moral et/ou intellectuel. On se serait par exemple attendu-e-s à ce que Yaune le Purificateur, seigneur à la réputation pieuse, soit un fanatique convaincu de servir le Bien malgré ses moyens hideux (genre Benoît XVI ou Ben Laden): mais non, il n’est rien de plus qu’un homme ambitieux et lâche qui a assassiné le père d’un de ses chevaliers presque par plaisir.
Cela dit, l’univers de Bryan Perro est bien meublé. Les villes sont réellement habitées: on évoque des tavernes, des villageois, des odeurs, etc. Rien à voir avec l’environnement aseptisé d’Anne Robillard, qui nous donne l’impression que des royaumes entiers (et tous pareils) ne sont peuplés que par trois personnes. Autrement dit, si sur le plan de l’atmosphère Robillard a créé un univers aussi froid, carré et drabe que Laval, celui de Bryan Perro ressemble davantage à Côte-des-Neiges, avec sa diversité, ses couleurs et ses zones d’ombres.
La différence la plus majeure entre les deux séries réside toutefois dans le public visé: Perro écrit pour les très jeunes ados mâles, Robillard pour les adultes (même si ça paraît pas vraiment). Il faut donc mettre un bémol à toute comparaison.
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[1] Ce dieu de la mythologie égyptienne n’est pas considéré comme LE dieu du mal, mais bien celui de la force brute. Même s’il a un rôle négatif dans la plupart des récits mythologiques, il garde un caractère nuancé. Je suis donc étonné que Bryan Perro l’ait représenté sous la forme d’un serpent vivant au milieu d’un temple formé d’ossements humains. Ce choix me semble aléatoire.